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Balintawak Escrima
lundi 05 octobre 2009, a 13:26
vacances martiales aux Philippines
 

Par le biais de ce blog, c'est maintenant devenu une habitude de faire partager mes rencontres martiales et humaines, lors de mes voyages dans l'archipel des Philippines, avec des personnes qui pratiquent ou non les arts martiaux philippins. Nous sommes fin août et après avoir vu tous mes collègues partir en vacances, je les vois maintenant revenir les uns après les autres; c'est de bon augure et mon départ pour les Philippines se rapproche enfin. Il ne reste qu'une semaine et l'ambassade des Philippines à Paris ne m'a toujours pas envoyé mon passeport et visa...Finalement, je le recevrai le vendredi pour un départ le dimanche (ouf!). Cette fois ci ce sera avec korean air, avec une escale à Séoul.Le pilote annonce enfin, après plus de 15h30 de vol et 4h40 d'escale, la descente sur le tarmac de l'aéroport international de CEBU MACTAN, aux Philippines.Il est 23h30 et la température extérieure est de 29 degrés; humm, j'adore...Le passage au contrôle de police avec quelques consignes supplémentaires concernant la grippe A et je récupère enfin mes bagages. Une fois sortie de l'aéroport, où les locaux doivent attendre à l'extérieur, je balais du regard pour trouver parmi tous ces beaux sourires en guise d'accueil, celui que je suis venu chercher. Ca y est, je l'ai trouvé. Mon amie est la impatiente que le policier la laisse passer, pour enfin nous enlacer.Le lendemain, nous passons saluer comme à chaque fois, mon professeur GM Nick Elizar ainsi que toute sa famille; les retrouvailles sont chaleureuses et il met les petits plats dans les grands pour me recevoir.Stéphane Fernandez de Paris est également présent. Ayant enfin planifie son voyage aux Philippines, il voulait faire un petit passage sur Cebu, pour programmer quelques entraînements avec Nick, puisqu'il avait probablement été ravi du stage de Paris en 2008, lors de la venue de GM Nick en France.Nous quittons Nick et sa famille, déposons Stéphane à son hôtel et nous dirigeons dans un bar pour rencontrer un des instructeur d'Eric Olavides du style DE CAMPO JDC-IO; style très connu pour son travail en largo mano (longue distance) et dont le fondateur est le regretté GM JOSE D. CABALLERO.C'est un groupe assez difficile à intégrer, car tous semblent avoir une bonne situation sociale et n'attendent pas après les arts martiaux philippins pour vivre.Cela fait plus de trois ans que j'essaie de les contacter. Autour d'un verre, nous faisons connaissance et échangeons. Erwin, mon contact, est assez pris par son travail et ne peut donc pas me donner de cours. Il doit cependant me rappeler pour me donner le téléphone d'un élevé avancé en DE CAMPO.Le jour suivant, nous ne perdons pas de temps sur Cebu et nous dirigeons vers l'île de Malapascua où nous avons une maison. Malheureusement le temps est très mauvais et il va falloir patienter quelques jours pour pouvoir prendre le bateau; luxe que nous ne pouvons pas nous permettre, puisque mon mois de vacances passe trop rapidement a mon goût.Pendant la nuit, sous une chaleur étouffante, j'essaie de baisser le ventilateur pour pouvoir dormir plus tranquillement. Mal m'en a pris,  puisque mon index est passé au travers de la grille de protection et les palmes du ventilateur ont déchiquetées mon doigt. Le sang gicle un peu partout et je n'ai qu'une seule envie; fouttre un grand coup de pompe au ventilateur pour me "soulager" (bon ça commence bien décidemment). Au petit matin, direction l'hôpital de campagne pour nettoyer tout cela, deux points de suture et deux injections anti-tétanos. Ensuite, nous décidons de partir directement au centre des visayas, pour rencontrer le fils du GM JOSE CABALLERO. La seule information que nous avons est la ville où il réside... Apres quelques recherches, nous rencontrons enfin son épouse et ses fils. Manuel Caballero est actuellement au travail et nous le rencontrerons le lendemain matin. En attendant, nous négocions ardûment le prix de la location de la chambre à 200 mètres de Manuel Caballero, avec terrasse et vue sur la mer. Dans ces moments de négociations, c'est mon amie Celeste qui s'en charge. Nous l'aurons pour 400 pesos la nuitee (1 euros = 70 pesos).Au petit jour, nous rencontrons enfin le fils du grand master, qui est lui même connu pour être un excellent combattant.L'homme est simple, vivant dans une minuscule maison traditionnelle. Apres avoir fait connaissance et expliqué notre démarche pour apprendre son style, Celeste négocie le prix des cours; je la remercie encore et ne pourrai pas vous le communiquer, car je ne pense pas qu'un étranger seul, puisse obtenir ce tarif. Ensuite, on ne perd pas de temps à discuter pour rien; il va chercher ses sticks et c'est parti pour 6 heures de cours hebdomadaire pendant 5 jours.Les pauses repas permettent de le questionner sur son histoire et celle de son père. Ayant un anglais limité, il donne d'avantage d'informations lorsque Celeste lui parle en cebuano (langue des Visayas). Il se sent a l'aise et se laisse aller dans ses explications et dans les détails des techniques, ainsi que quelques anecdotes ; par exemple, lorsqu'il était jeune marié et sans travail, il acceptait des combats clandestins au rotin, sans protection bien évidemment, où les philippins pouvaient parier de l'argent (l'un des passe temps favoris des philippins). Très vite, les challengers aux alentours ne se précipitaient plus beaucoup pour accepter les défis. Contrairement au balintawak ou l'on "joue" avec notre partenaire, le DE CAMPO 123 ORIHINAL se pratique seul, avec des drills en continu, utilisant essentiellement le simple bâton, avec un maximum de force sur tous les coups portés. Résultat, au deuxième jour d'entraînement, j'ai les mains en sang, avec 19 cloques sur la main droite; à croire que je ne m'entraînais pas en France!!!.... En fait, cela m'arrive assez souvent lorsque je m'entraîne là-bas, avec je présume l'humidité et le fait de vouloir bien faire et avec panache. Un jour suivant, Manuel ira ensuite chercher le programme que son père avait élaboré, m'autorisant d'en faire une copie.  Tous les matins, pendant que Celeste allait au marché avec l'épouse de Manuel, ce dernier me faisait revoir tout le programme en long et en large, malgré les cloques qui remplies de sang, éclataient les une après les autres et dont la peau ne tiennait plus beaucoup.Un après midi, lors d'une petite pause, un homme pilotant un vieux scooter rouge s'approche de nous. Il s'agit de "Buck", le cousin de Manuel, qui a lui même étudié un autre style: le SIETE GENERALES (c'est un style proche et très influencé par le style LAPUNTI DE ABANICO). L'homme est assez réservé, puis se lâche facilement. Il est super sympa, souriant et aimant plaisanter. Le soir, après l'entraînement, sans rien attendre de moi (ce qui n'est pas toujours le cas aux Philippines, il faut tout de même le signaler), il est heureux de me présenter sa famille, de me m'inviter chez lui, de me montrer ses poulets qu'il élève pour se faire un petit peu plus d'argent. La soirée se passera au karaoké, sans alcool (rare aussi pour un philippin), avec des fous rires et des images gravées à jamais. Jusqu'a présent, je suis très chanceux dans mes rencontres et Manuel et Buck y seront également pour quelque chose.Un soir après l'entraînement, je soigne mes mains qui ne cicatrisent point, sur la terrasse avec la belle vue sur la mer. Quelques pêcheurs au filet et au harpon me saluent. Soudain, des cris provenant de chez le voisin, attirent mon attention. Un gamin d'une douzaine d'années se fait tabasser par un monsieur qui s'avérerait être son grand père et probablement son responsable, puisqu'il est assez courant que certains jeunes parents laissent leurs enfants à la charge de leurs propres parents. Sous les hurlements et les pleurs de l'enfant, le grand père traîne par la cheville son petit fils dans la cours. Les poules font un vacarme et le chat défile rapidement pour trouver une place plus sûre pour effectuer sa sieste. Le grand père saisit du fil électrique pour ficeler comme un saucisson son petit fils par les chevilles et les poignets. Puis, une vingtaine de coups de ceinturon pleuvront sur les jambes et le corps du gamin, pour avoir fait l'école buissonnière. Bien que cela soit assez délicat en tant qu'étranger, les cries et les claquements de cuir sur la peau "commencent" sérieusement à m'énerver. Je m'approche donc du muret qui surplombe la petite cour, afin que mon regard le mette mal à l'aise et cesse de "punir" le gamin. Ils rentreront rapidement à l'intérieur, mais quelques coups pleuvront encore un peu...Un autre jour, après avoir déjeuné tous ensemble après un entraînement, j'assiste à une partie de soft ball, made in Philippines, par des enfants n'ayant aucun jouet pour s'amuser; juste leur imagination. Les bases sont matérialisées par des demie coque de noix de coco. La balle et la batte de base ball sont remplacées par leurs tongs que les jeunes utilisent à merveille. Pas le temps de me joindre à la partie, car Manuel ne me laisse à peine le temps de digérer que nous reprenons déjà les cours.C'est le dernier jour d'entraînement. Apres la pause déjeuner, nous organisons une séance photo et vidéo, où Manuel et Buck montrent leur agilité dans le maniement du bâton, avant de passer à un petit interview pour pouvoir par la suite les aider à promouvoir leur style (et je l'espère pouvoir améliorer leur quotidien). L'après midi, après un passage en revue de tout ce que j ai appris, un vieil homme s'assoie a proximité. Muni d'un chapeau, d'un tee shirt de couleur saumon et d'un short laissant apparaître de nombreux tatouages sur les jambes, comme sur les bras, Manong Manuel (Manong est un terme utilise pour une marque de respect) m'invite à venir m'asseoir près de vieil homme. Sa peau est très bronzée, quasi noire, exposant avec fierté un appareil photo autour du coup. Le temps d'échanger quelques mots avec le vieil homme, Manong Manuel revient avec un sachet de riz qu'il tend à l'homme qui est en fait son oncle. Il m'expliquera ensuite que son oncle avait fait pas mal de temps en prison. Alors qu'il travaillait pour un patron chinois, ce dernier ne lui avait pas versé son salaire pendant deux mois successif. L'oncle de Manuel avait donc décidé de "régler" cela à sa manière; il a descendu au pistolet le chauffeur, le garde du corps et le patron chinois! ... (Bon heuuu… moi c'est Fabien et je vous aime bien Monsieur...). L'oncle plaisante facilement et avant de partir son sachet de riz à la main, m'avouera ironiquement que son appareil ne contient pas de pellicule. Devant la gentillesse et une générosité dans son enseignement, je donne un petit billet supplémentaire à la femme de Manuel, pour aussi les remercier pour leur hospitalité. Celeste me dira par la suite, que ce billet servira à éponger un crédit pour acheter du riz.Manong Manuel, malgré un très faible salaire que je tairai par respect, avait fait quelques courses et acheté du crabe ce qui est relativement cher, afin de partager notre dernier repas. Des gens pauvres, mais sans aucune mauvaise intention. C'est certain, je reviendrai les voir, non seulement pour qu'il continue de me corriger, mais aussi pour y amener quelques élèves qui voudront le rencontrer. Manuel est honnête dans son enseignement, il ne vend pas de rêve... Ses cours sont chaleureux, pas de salut, pas de kata, pas plus de respect qu'il ne doit y en avoir entre deux hommes...Il est temps de partir et Buck me donne son bâton de TAPADO, style d'ESKRIMA au bâton long, provenant de l'île de Negros, dont il est également instructeur.

En attendant notre bus pour poursuivre notre périple, nous appelons comme convenu l'ambassade de France à Manille, pour connaître le résultat de notre demande de visa pour mon amie Celeste, en vue de nous marier en France. La douche est froide et le verdict tombe comme un couperet. Ce ne sera pas pour cette fois ci… Après un gros chagrin, Celeste prendra dignement sur elle pour ne pas noircir nos vacances.
Nous nous dirigeons vers la ville d'ARGAO, car j'ai pu lire dans le livre "behind the myth" qu'il y avait un vieil eskrimador, vivant dans les montagnes. Surnomme Dadoy, nous tombons sur l'une de ses nièces par pur hasard, en achetant notre petit déjeuner. Elle nous prévient de la pauvreté qu'il y a dans ces villages reculés et nous décidons d'emporter 2 poulets rôtis et un peu de riz. Apres une ascension en moto sur un terrain très accidenté, dont je n'aurais jamais parier arriver sans tomber, nous arrivons dans le petit village dont les habitants sont très surpris de notre présence. L'objet de notre visite fait vite le tour, mais le vieil homme n'est pas disposé a nous recevoir pour le moment puisqu'il travail dans ses terres à 6 kilomètres plus haut. Le vieil homme est en effet très connu dans le village pour connaitre les arts martiaux et l'eskrima. Assis devant sa maison qui ressemble d'avantage à une cabane, les hommes me questionnent, tandis que les jeunes enfants sont fiers de me montrer leur anglais, en me demandant "how are you? what is your name?".
Si certains sont curieux et contents de converser, d'autres sont d'avantage sur leur réserve et je ressens un peu de tension dans quelques regards. Questionnant mon amie Celeste sur ma pratique des arts martiaux, elle propose aux plus curieux de m'inviter à "jouer" avec le garote (le bâton). Mais elle n'a probablement pas pensé aux possibilités de dérapage... Je me dis qu'il va probablement falloir aller au charbon, puisque certains sont déjà bien alcoolisés...
Heureusement, Dadoy arrive enfin, accompagné de son frère Victorio. Dadoy a 77 ans, marqué par la vie difficile dans ces villages, il semble néanmoins être en bonne santé (a 77 ans, il va encore chercher de l'eau au puit, qu'il porte lui même). Il est fier qu'un étranger vienne le rencontrer et rapidement me fait savoir qu'il parle l'anglais, l'espagnol et le japonais. Nous faisons connaissance et discutons une bonne partie de la soirée, sous le regard amusé des enfants. Parmi ces derniers, il y a une petite princesse avec une longue chevelure brune et une peau bronzée, qui rapidement se fait dorloter par mon amie Celeste. Elle s'appelle Edylen et a 8 ans. Il s'agit en fait de la fille du vieil homme qu'il a eu avec une femme de 30 ans plus jeune...( ??!!!...no comment...). Elle vit donc avec son papa, dans cette habitation vétuste, au rythme de vie et avec les habitudes de ce dernier. Sa maman ayant quitté le village depuis plus d'un an, elle demande rapidement à mon amie si elle peut venir vivre avec nous... Oups!!! C'est mignon, mais ça fait toujours de la peine à entendre... Il n'y a pas d'hôtel ou de chambre à louer dans le coin. Encore une fois grâce à Celeste qui s'est liée d'amitié avec une jeune maman que le papa a subitement laissé tomber, nous dormirons à même le sol, mais à l'abri de son habitation. La jeune Edylen se fera également inviter. Le lendemain, alors qu'elle a pour habitude d'aller travailler aux champs, Celeste la convint d'aller à l'école. On lui donne des stylos et des crayons qu'elle exhibe fièrement à ses camarades de classe. Celeste lui achète sa toute première brosse a dents, ainsi qu'un savon et après un bon shampooing, lui donne une chemisette jaune qui servira de robe à notre belle Edylen. Nous l'accompagnons à l'école, espérant qu'elle aura le courage d'y rester un bout de temps.  Nous retrouvons enfin le vieil homme pour qu'il nous montre quelques unes de ses techniques. Des chaises sont disposées ça et là, pour l'audience qui ne se fait pas attendre (les distractions sont si peu nombreuses).
A l'aide d'un bolo, il va tailler dans le tas de bois à proximité de sa "maison", pour revenir avec deux bâtons et deux couteaux en bois. Et c'est parti, la démonstration commence. Quelques désarmements, bâton contre mains nues, couteau contre couteau, mains nues contre couteau. En fait, il a appris ses techniques de deux padrés. Il ne s'agit pas vraiment d'eskrima. D'ailleurs il utilise très souvent les termes judo, combat, karate. Comme convenu, je fais discrètement signe à mon amie que finalement, nous n'aurons pas besoin de rester plus longtemps dans le village. Néanmoins, la démonstration est intéressante humainement. J'espère simplement que la belle Edylen aura le courage d'aller à l'école et ne sera pas attirée par les light des grandes villes et de leurs lugubres espoirs de vie meilleure…
Nous rejoignons la ville de DUMAGUETE, pour prendre un ferry à destination de Cagayan de Oro, sur l'île de Mindanao. Malheureusement, l'un des ferry de la compagnie a coulé la veille et toutes les navettes sont interrompues pour que les équipes de recherche puissent récupérer les corps. Nous remontons donc sur Cebu, pour prendre une autre compagnie.
Arrivés à Cagayan de Oro, nous séjournerons comme la fois dernière chez des amis de Celeste. Ces derniers vivent dans un quartier "assez pauvre", mais l'accueil y est toujours chaleureux et il serait insultant de refuser l'invitation. Un rapide regard sur l'eau verdâtre que l'on doit enjamber avant de passer le seuil d'entrée. Avant de partir à l'entraînement chez mon autre professeur de Balintawak (Danny Vedua), nous faisons un petit tour du quartier, puisque nos hôtes sont heureux de nous montrer un bout de pelouse, servant de musée au Général Marc Arthur. En chemin, c'est l'occasion de prendre quelques photos de la vie de ce quartier (le coiffeur, le boucher en plein air, un vendeur de gasoil, deux adultes sur un vélo d'enfant, du linge étendu sur un essieu de camion...).
Nous retrouvons ensuite Danny, pour quelques jours d'entraînement assez intensifs. Son style de balintawak est un peu différent de celui de Nick Elizar, puisqu'il n'utilise pas le système de "groupe", pratique avec des bâtons plus petit et en mousse, afin de pouvoir porter les coups; ce qui ne serait pas envisageable avec du rotin. 

Danny est content de me revoir. Rapidement, il me fait visiter à l'arrière de sa maison, un petit dojo d'une quinzaine de mètres carré maximum, pendant que ses fils pratiquent leur Jiu-Jitsu Brésilien. Ils ont d'ailleurs un très bon niveau technique. L'un d'eux m'invite. A froid, je ne peux refuser l'invitation, mais m'efforce de faire attention à ne pas me blesser. Au bout de quelques minutes, il me finalise avec une clé de talon. On remet ça et cette fois ci, ce sera un peu plus difficile pour lui (non je ne suis pas mauvais perdant…j'essaie juste de lui offrir un peu plus d'opposition… IoI). Les 4 minutes sont écoulées et déjà, je suis en eau. Il faut dire qu'avec la chaleur, l'humidité et la pratique sous de la tôle, ça donne chaud. On les laisse continuer leur préparation pour leur prochaine compétition (en fait ils ont invité pour la seconde fois, tous les clubs des alentours, pour une compétition de grappling) et Danny commence à vérifier les techniques que j'avais apprise la fois dernière. Les petits détails corrigés et expliqués, nous continuons la leçon. Danny est un très bon professeur, pédagogue, fin technicien, expliquant ainsi chaque détails en mode « combat ». Danny est un garçon ayant grandies dans les rues des Philippines. Ancien champion national de karate sikaran, il a découvert ensuite l'eskrima et plus particulièrement le Balintawak. Elève de grands professeurs, il a aussi étudié sous GM Néné Gaabucayan, GM Bobby Tabimina… dont il est ami. Ensuite, avec sa vision du combat et son expérience de la rue, il créa son propre style de Balintawak, court et rapide, que j'affectionne tout particulièrement.

Avec les 6 heures de cours hebdomadaire, mon bidon de 5 litres d'eau est tout juste suffisant…

Un après midi, pendant une petite pause, une petite bagarre explose entre des collégiens provenant d'un établissement situé en face de la maison de Danny. L'un d'eux retournera chez lui, le tee shirt déchiré et une belle entaille dans le dos, occasionné par un coup de couteau.

Pas grave me dit Danny et on reprend l'entraînement de plus belle…

Tout comme Manuel Caballero et Buck, on fait un petit interview de Danny ; interview que je posterai prochainement.

Il est temps de partir, muni de plus de 3h de vidéos avec tous les détails des exercices ou techniques étudiés. Comme la fois dernière Danny me demande d'attendre quelques instant, avant de revenir avec un petit présent (bâton court en Kamagong).

Suite à notre mésaventure concernant le visa, nous décidons de monter sur Manille, afin de rencontrer le nouveau fonctionnaire chargé des visas.

Cette fois ci, nous n'irons pas dans les bidonvilles de Manilles, mais chez une tante de Celeste qui habite dans des résidences fermées, protégées et gardées… ; bref, que entouré de riches. Mais l'accueil y est tout aussi chaleureux. Aller à Manille signifie aussi pour mois, de retourner dans un gigantesque centre commercial du centre d'affaires de Makati où nous avions trouvés la fois dernière, un resto indien à prix cassés. Trop bon...nous nous régalons. L'entretien avec le responsable des visas se passe bien et nous donne les informations que nous étions venues chercher ; c'est bon, nous sommes rassurés et savons qu'il sera possible, via un mariage aux Philippines, d'obtenir un visa pour pouvoir enfin vivre ensemble. Les conditions d'obtention de visa sont plus difficiles, car de nombreuses jeunes filles qui obtenaient un visa pour aller se marier en France, ne se rendaient finalement jamais chez son futur époux, car elles avaient fait la connaissance d'un autre plus fortuné sur Internet ou tout simplement disparaissaient dans la nature. Dommage pour ceux et celles dont la démarche est plus sincère et qui en subissent les méfaits.

Persuadé que mon ami Eric Laulagnet est actuellement en vacances en France, près de Lyon, je demande néanmoins à le faire appeler. Il apparaît, revenant juste France, le crâne toujours aussi dégarni et le corps toujours aussi trapu. Dans son bureau, il nous montre quelques unes de ses dernières photos et vidéos martiales. Amicalement, je le jalouse ; côtoyer et s'entraîner avec de nombreux maîtres tout en ayant un bon boulot…le pied. Il me raconte son stage d'initiation au Pekiti-Tirsia sur Lyon et suis persuadé que son retour en France, permettra à de nombreux passionnés  de progresser d'avantage. Je lui explique également nos quelques rencontres martiales et mes souhaits de rencontrer Tony Diego du groupe Ilustrissimo à Manille, ainsi qu'un certain « Nonoy » de l'île de Negros. Nonoy est en fait un de ses amis et Eric facilitera la rencontre prévue dans quelques jours. Nous quittons Eric et partons à notre rendez vous avec Tony Diego. Tony est un expert dans l'art du kali (bâton, double bâton, espada y daga, bolo…) et était l'un des étudiants avancés du célèbre Tatang Ilustrissimo, connu et respecté pour ses duels à la machette dans les rues malfamées du port de Manille notamment. Il fait déjà nuit et malgré les conseils de certains locaux, nous traversons le quartier de Chinatown de Manille. La population semble ne pas être la même qu'en pleine journée… Nous arrivons à notre rendez vous. Notre contact s'appelle Arnold et nous demande d'attendre à la terrasse d'un café, le temps pour lui d'aller chercher Tony en scooter, pour éviter de trop se faire tremper avec cette  lourde pluie. En attendant, un groupe de trois chinois parlent à voix haute et sans que je n'y comprenne quoi que ce soit, ils n'avaient pas vraiment l'air d'accord… Curieux de chaque instant, j'évite néanmoins de trop les fixer du regard ce qui pourrait m'occasionner de sérieux problèmes (surtout aux Philippines). Arnold et Tony reviennent enfin. A pieds, nous nous dirigeons vers le club qui est a proximité. Mais sans guide, ne pensez pas pouvoir le trouver. Pas de pancarte, pas de pub… On passe dans des couloirs sombres, avec ici et là, quelques chinois en marcel qui mangent une soupe ou jouent aux cartes. A cet instant, je pense (bizarrement) à un filme de J.C. Van Damme… Bloodsport je crois, où il traverse ce type de ruelles sombres.

Arrivés au 3ème étage, nous entrons dans ce qui est probablement une des plus « grandes » salle de kali. Pas par sa taille, car elle est minuscule, mais par son histoire et les gens qui y sont passés. Rapidement je vois au sol des cercles et des triangles peint en blanc, servant à l'étude des déplacements. Je fais mon curieux et regarde les quelques photos accrochées au mur.

Arnold, l'assistant, me montre le visage de Serge Gilette ; un des rares français à s'être entraîner dans ces lieux. Des bâtons et lames sont disposés un peu partout.

Nous nous asseyons et commençons à faire connaissance et parler vient évidemment d'arts martiaux. Tony, en bon passionné, ne se fait pas prier pour rapidement mettre en application ses dires, avec Arnold.

Le style n'est pas brutal, beaucoup d'esquives, pas de gestes inutiles et HOP !! Trop tard…la lame est déjà sur la gorge d'Arnold. Après presque 2heures d'explications et de démonstrations, nous nous saluons. Faute de temps, je n'étais pas venu pour m'entraîner, mais pour prendre contact et espérer me faire accepter au sein de leur groupe, qui reste me semble t il assez fermé. En fait, ils choisissent celui ou celle qui pourra devenir leur élève. A ma plus grande joie, je recevrai deux jours plus tard un message, m'indiquant que je suis le bienvenu pour venir étudier l'art de la lame avec Tony.

Nous quittons donc Manille, pour retourner sur l'Ile de Negros, plus précisément à Bacolod, pour aller m'entraîner au couteau avec Nonoy, dont Eric avait prévenu de ma venue. Nonoy est en fait un des plus haut gradé en Pekiti-Tirsia et d'après Eric, probablement le meilleur au couteau.

Nous recherchons un petit hôtel et trouvons quelque chose de pas très cher.

La nuit ne sera pas de tout repos, car après avoir tués une dizaine de cafards, il s'avérera qu'un rat venait bouffer nos briques de lait ET de dentifrice !!!. Finalement, pour le même prix, nous trouverons 100 fois mieux, à proximité du lieu d'entraînement. Nous rencontrons donc Nonoy qui s'appelle en fait Mandala Baldwin Garrucho (Mandala est je crois, un terme utilisé en Pekiti-Tirsia, indiquant le haut rang de pratique). L'homme est petit, assez trapu, avec de petites lunettes rondes sur le nez. Après avoir négocier le tarif horaire, rendez vous est pris pour le lendemain pour un entraînement à partir de 5h30.

Nonoy est fluide dans ses gestes et précis dans ces explications ; pourquoi tu coupes là et pas ici, quelles sont les conséquences… Après l'un de nos entraînements, Nonoy me fait rencontrer un journaliste qui fait partie en fait de leur Organisation, aidant à la promotion du KALI. Le journaliste qui se prénomme Jun de los Reyes, m'explique l'histoire du KALI de l'Ile de Negros, me raconte également quelques anecdotes. Ce dernier fera d'ailleurs un article dans le journal local, sur mon passage à Bacolod, pour apprendre le kali avec Master Nonoy. Le style est exclusivement accès sur la lame et l'art martial ; pas de place pour le sport. Certains de leurs grands pères ont combattu à la lame lors des différentes tentatives de colonisation de leur île et l'on peut facilement ressentir cette fierté qui les anime. Malheureusement, le temps pluvieux ne me permettra pas de pratiquer aussi souvent que je l'espérais ; une autre fois peut être…

La fin du séjour est proche. Nous rentrons sur Cebu, après plus de 15 heures de bus. Sur le trajet, nous évitons de justesse un camion qui transportait de la canne à sucre et dont la cargaison entassée sur plusieurs mètres de haut, s'est renversée. Arrivé à Cebu, nous voyons les images catastrophiques suite au typhon qui a occasionné de terribles dégâts sur la capitale des Philippines. Nous appelons ceux qui nous ont hébergé une semaine auparavant et apprenons qu'ils sont  inondés; heureusement que des dégâts matériels pour eux, mais probablement plus dramatique pour toutes ces familles qui avaient construit une maison sur un sol instable... Plus tard, nous passons revoir la famille Elizar. Avec les enfants de Nick, nous décidons d'aller dans un cabaret, animé par des travestis qui sont très respectés aux Philippines. Nous sommes les premiers arrivés et les filles en profitent pour prendre la scène et chanter un peu. Ensuite, la soirée se déroulera avec de nombreux fous rires et de belles prestations vocales de ces « drôles de dames ». Le lendemain matin, je retrouve Nick, Norman (son fils et très bon pratiquant) ainsi que d'autres élèves, pour 2 ou 3 heures d'entraînement. Puis, comme d'habitude, je passe chercher quelques bâtons de rotin au club DOCE PARES. Il n'y a pas grand monde, seul le champion Master Val Pableo est présent avec quelques employés. Les autres sont probablement partis à l'étranger pour diriger des stages.

Nous retrouvons l'aéroport de Cebu Mactan, l'impression que l'arrivée était juste hier.

Quelques larmes et de longues étreintes, nous devons de nouveau nous quitter. Cette fois-ci encore, j'aurais de la chance aux différents contrôles de police, car dans ma valise, seuls des bâtons de rotin y sont entassés.

Je retrouve Paris avec 12 degrés…j'ai les boules… Mais déjà, je prépare mon prochain voyage pour la fin de l'année, ainsi qu'un camp d'entraînement pour une quinzaine de volontaires.

L'aventure continue…

 Petite carte de voyage (merci à Nico): http://maps.google.fr/maps/ms?ie=UTF8&hl=fr&msa=0&msid=101335919595865103946.00047540540d044ebcb26&ll=10.676803,122.904053&spn=3.481205,3.532104&z=8

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Commentaires
#1
Bruno Cancho écrit le lundi 05 octobre 2009, A 20:31
Comme toujours super texte de Fabien...
super sympa de lire le guide du routard version eskrima.
a+
#2
Mitchell TSIA écrit le lundi 05 octobre 2009, A 23:49
Voilà bien un pirate de plus et celui-là se trouve en Normandie ! Hey.
Une belle épopée en Eskrima avec des gens et des rencontres qui nous font donner l'envie de voyager. Encore de belles expériences qui démontrent la passion de certains. Merci pour ce beau partage Martial et humain.

A très bientôt.

Amitiés Mitchell TSIA KING FUNG.
#3
Elo écrit le mardi 06 octobre 2009, A 11:21
Très beau récit, toujours autant de plaisir à lire tes aventures et à nous faire découvrir l'Eskrima sous toutes ces formes ainsi que les Grands Maitres.
Au plaisir
Elo
#4
Phiippe de Belgique écrit le mardi 06 octobre 2009, A 11:49
Toujours aussi passionnant de lire tes aventures !! Vraiment des supers rencontres, ça donne vraiment envie d'y aller. J'adore le passage à ARGAO quand tu attends "Dadoy".......mdr !!!

A bientôt,
Phil.
#5
Franky écrit le mardi 06 octobre 2009, A 15:00
Encore un très bon récit de ton dernier voyage!! Encore de bon souvenir et de chaleureux contact !
A quelque jour de partir pour Manille, je suis impatient de pouvoir connaitre tout ça....

à très bientôt
Francky
#6
thibaut écrit le mardi 06 octobre 2009, A 19:11
Toujours aussi passionnant!
Il est interessant de voir que la pratique "multi-maitres" est très bien acceptée là bas. Mais comment vas-tu pouvoir t'entrainer avec autant de monde la prochaine fois? il va falloir partir 1 mois de + !
#7
Fares Saadi écrit le mardi 27 octobre 2009, A 12:35
Merci pour le voyage, ca donne envie plus que jamais de découvrir ce pays à la fois si fascinant et si dangereux (d'après les dires de beaucoup!).
Amitiés martiales
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